L’évaluation est une tache enseignante qui reste compliquée. Quelle question poser pour mobiliser des connaissances et des capacités sans forcément tomber dans la récitation d’un apprentissage ? Quelle formulation adopter pour que la question ne soit pas la limite en soi ? Comment vérifier que les élèves savent pourquoi ils ont appris cela ?
Nous publions régulièrement nos productions sous la forme de vidéo pour les activités où la trace écrite ne permet pas d’illustrer au mieux ce que nous faisons (expérience, démarches) En travaillant avec la tablette, les élèves maîtrisent à présent la prise de photo et même de vidéo. Alors pourquoi ne pas faire des évaluations sous la forme de vidéos ?
L’expérimentation qui j’ai menée se déroule sur deux niveaux de classe, des 4ème et des 6ème.
Les 4ème face à l’argumentation
Suite à des vidéos de géologues de terrain, ils ont à leur tour, tenté de se mettre dans la peau du personnage, en expliquant l’intérêt de mener ce type de recherche. Le constat réalisé est double :
- les élèves se découvrent eux même face à un argumentaire à tenir à l’oral. Ils n’ont pas l’habitude de cela et l’autocritique est très formatrice. Le temps de relecture de son propre travail est immédiat.
- L’argumentaire prend sa place et ne se construit que si l’élève lui même arrive à conscientiser sa maitrise (ou non) de l’argumentaire.
L’outil ici utilisé, par son aspect nomade et tout-embarqué, permet une relecture immédiate.
Mon rôle s’en trouve profondément remanié. Les élèves sont souvent beaucoup plus critiques avec eux-mêmes. A moi, à présent, de permettre à ces derniers de se « voir-faire » et donner les moyens de se critiquer par des critères de réussite suffisamment explicites. Je ne suis plus celui qui valide mais celui qui accompagne pour sa propre-validation.
Une fois toutes les vidéos récupérées, un petit montage sympathique via iMovie donnera l’aspect plus « Pro » à l’ensemble.
(les droits à l’image des élèves ne me permettent pas de vous laisser un petit aperçu…Dommage, les « experts à Miami » n’ont qu’à bien se tenir, la relève se prépare…)
Les 6ème face à un apprentissage objectivé
La trace écrite dans mes cahiers d’élèves pose souvent problème pour mes élèves de 6ème en Sciences de la Vie et de la Terre. Les élèves et surtout les parents ne trouvent pas une trace écrite comme celle connue dans les années antérieures ou comme dans les autres matières. On tente, dans nos cahiers, de coucher sur le papier notre démarche pour aboutir à des conclusions. Le récit est facile, mais l’art est difficile …
Parfois, je m’interroge (légitimement j’espère) en me demandant si mes élèves ont bien compris pourquoi on a choisi de faire cela. Alors, un de ces matins plein d’espérance, m’a fait tenter l’aventure suivante : Et si je les évaluais sur ce qu’ils ont appris pour aujourd’hui et sur comment on a fait pour savoir cela ?
J’ai donc utilisé les films que les élèves d’une classe avaient réalisés pour demander aux élèves de la classe voisine de commenter leurs faits et gestes.
L’objectif était donc double : vérifier le vocabulaire appris, vérifier l’intérêt des gestes effectués et l’intérêt de procéder ainsi. Le tout en moins de 15 min… ! ( ce matin là était fortement chargé en espérance!) Pour ce faire, j’ai utilisé le montage réalisé avec iMovie d’un élève choisi pour sa procédure pertinente. J’ai simplement supprimé la bande son du film. Le film a été envoyé sur tous les iPads (possible via GoodReader, dropbox… ici simplement un mail). Les élèves ainsi dotés d’un iPad, devaient commenter la dissection de la fleur à la recherche d’une graine éventuelle… La video ouverte avec iMovie, permet un commentaire. Les productions ainsi réalisées étaient ensuite envoyées directement sur Youtube sur le compte privé de la classe.
Le résultat est surprenant et conforte aussi quelques suppositions.
Les élèves globalement apprennent leurs leçons, le vocabulaire, mais ces derniers restent trop profondément attachés au cours, au schéma utilisé. Une mobilisation de connaissances sur une manipulation déroute dans un premier temps. Le schéma appris par cœur n’est plus réutilisable directement. Il faut transposer sur ce que la vidéo présente. Le vocabulaire est bien cité mais pas toujours à bon escient.
Ainsi le microscope utilisé par l’élève dans la vidéo devient le camescope, les « futures-graines » deviennent alors des graines… Bref, les représentations initiales ressurgissent de façon flagrante.
Video de Eleonore :
Video de Gael :
À la relecture de leurs propres vidéos, les élèves réagissent sur leurs lapsus qui trahissent parfois leurs idées initiales face aux problèmes. Les façons de procéder de certains en inspirent d’autres.
Ne sommes nous pas là dans une mobilisation de connaissances plus concrète, plus proche des situations quotidiennes ?




