Adopter une (nouvelle) technologie, c’est la savoir validée par ses pairs. Les tablettes numériques connaissent un essor au sein des universités et demeurent pourtant encore peu utilisées. Cet article traite de l’usage de l’iPad, en tant qu’enseignant universitaire et constitue un retour d’expérience qui, je l’espère, éclairera les lecteurs universitaires et non-universitaires. Je suis le premier enseignant de mon U.F.R. (et probablement l’un des premiers enseignants de l’université) à l’utiliser intensivement pour mes cours.
Jean Debaecker est doctorant en sciences de l’information, communication et documentation au laboratoire GERiiCO, en dernière année de thèse sur la musique et les émotions. Il est également Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3. Musicien passionné et intéressé par les NTIC. @jeandebaecker – http://www.jeandebaecker.c.la
Commençant ma première année d’enseignement en septembre 2010, la sortie de l’iPad en mai ne pouvait pas mieux coïncider, me laissant ainsi quelques mois pour dénicher les bonnes applications à utiliser. Connaissant l’environnement d’Apple depuis longtemps déjà et appréciant sa grande robustesse matérielle et logicielle, la stabilité du système et bien sûr l’autonomie, mon choix se porta naturellement sur l’iPad Wi-Fi. Dans la mesure où l’université se veut être une université numérique, il ne me sembla alors pas pertinent d’opter pour un modèle 3G. Mon objectif est simple : cartable numérique léger, pas d’ordinateur, pas de feuille. Sous forme de retour d’expérience, je vous présenterai (1) les besoins (2) la réception du dispositif, (3) l’usage et (4) les applications.
1 Objet-interface : quels besoins ?
Enseigner en Cours Magistraux ou en Travaux Dirigés exige des outils particuliers. D’une part il me fallait un dispositif léger, facilement maniable, permettant de contenir tous mes cours et documents, doté d’une connectique rapide et efficace (tant pour les fichiers que pour le rétro-projecteur) et muni d’une bibliothèque logicielle couvrant mes besoins.
D’autre part, il me fallait surtout une interface à l’ergonomie bien pensée (tant logicielle que physique) et une très forte autonomie. Pour ces deux derniers points, aucun problème, iOS me semble vraiment être le meilleur système mobile, faisant preuve d’une très grande fluidité et stabilité, l’autonomie est irréprochable, l’iPad tient plusieurs jours (même sous iOS 5 !). Les salles de l’université sont dotées d’un système audio (mini-jack) et rétroprojecteur (VGA). S’y connecter est un jeu d’enfant, l’iPad est très plug and play : il suffit de se connecter et ça fonctionne de suite. Côté maniabilité, pour ceux qui en doutent : un appareil qui pèse 680g (601g pour l’iPad 2) ne pose aucun souci sur la durée, la tenue est confortable.
J’utilise souvent deux appareils en cours l’iPod Touch et l’iPad. Le premier est souvent relié au vidéo-projecteur et au système audio de la salle et s’y retrouvent les illustrations, vidéos et podcasts nécessaires. Il permet de garder la tablette en main et ainsi de marcher dans la salle et continuer le cours, durant la projection.
2 Médiation, réception et lecture
Ces nouveaux objets-interfaces permettent de réactualiser des problèmes propres à la médiation, notamment les modalités de réception, de lecture et d’interprétation. La lecture des documents est facilitée par un confort ergonomique, une simulation de feuilletage physique : tourner une page d’un document numérique dans iBooks requiert la même action que tourner une page d’un livre en papier.
La désorientation cognitive signifie (succinctement) d’être dérouté et déstabilisé du fait d’une surcharge informationnelle, visuelle ou hypertextuelle. L’ergonomie d’Apple est pensée pour l’éviter. Elle est simple, efficace et modulable sans difficulté. Les applications fonctionnent en plein écran, nous permettant ainsi de se focaliser sur une tâche (tout en autorisant le multitâche logiciel).
En terme de réception, l’iPad existe depuis plus d’un an et pourtant suscite encore beaucoup de curiosité tant chez les étudiants qu’au sein de l’équipe pédagogique. Devant les étudiants, il faut pouvoir assumer directement et pleinement sa position de jeune enseignant, au risque sinon de passer pour « monsieur tablette », « le jeune prof trendy ». Le risque ici étant d’amenuiser la frontière entre enseignant et étudiant. Or celle-ci est indispensable durant la formation. Heureusement, la majorité des étudiants adopte rapidement la bonne attitude et reste concentrée. Côté enseignant : curiosité intéressée, connaître le fonctionnement de l’appareil, l’usage effectué, mais surtout s’empresser de savoir si je valide ce qui leur semble être a priori un gadget.
Étudiants et enseignants s’accordent cependant sur un point : « Certes c’est ergonomique, mais trop fermé ! ». Face à un grand nombre d’idées reçues, il m’incombe alors de démontrer l’inverse. Chers collègues, croyez-moi, vos petits documents .doc et .rtf se lisent très bien sur cet appareil, pas d’inquiétude à avoir. En vrac :
1. Il n’ a pas de port USB!
Il se synchronise intégralement en Wi-Fi. De plus le connecteur est multi-usage : on y branche un kit de connexion d’appareil photo pour insérer une carte SD, un adaptateur vidéo, une recharge électrique, etc.
Et au pire, on peut le brancher en USB à l’ordinateur.
2. Il n’a pas de prise HDMI!
Tous les vidéo-proj de la fac sont en VGA… Le fameux connecteur se branche en VGA, HDMI.
3. Il n’a pas de clavier physique, ça c’est pas pratique !
C’est le propre d’une tablette :) Le clavier virtuel est très très performant. Il existe des claviers à connecter dessus.
4. iOS est fermé, on ne peut pas lire tous les formats de fichiers !
Nativement le système en prend en charge un grand nombre. GoodReader lit tous les documents :) Les vidéos sont lisibles avec VLC, Vidéos, ou autres apps. La musique coule de source :)
5. Ah, mais je suis sûr que l’autonomie laisse à désirer !
Désolé, je ne me souviens plus quand l’avoir rechargé pour la dernière fois, l’autonomie est très performante également.
Petit paradoxe, ces mêmes collègues qui crient au système fermé n’utilisent majoritairement que Microsoft (Windows et Office), en dépit du double boot possible sur toutes les machines de la fac avec Ubuntu :-D
3 Usages
Concrètement, que fait un enseignant avec une tablette tactile ?
- Il produit des conférences 1 et des cours I.R.L. (dans la vie réelle) ou en visioconférence : toute la documentation est intégrée au sein de quelques applications que nous passerons en revue plus loin. La visioconf’ est pratique (Skype, FaceTime) quand vous êtes à l’étranger pour une conférence, un colloque, séminaire, etc.
- Il se connecte au système audio-vidéo : projection d’illustrations, vidéos et podcasts.
- Il consulte ses emails : forte quantité de courriers électroniques à traiter :)
- Il consulte son agenda : localisation des salles, identification de la classe et du cours.
- Il évalue les étudiants.
- Il effectue de la veille informationnelle : l’actualité est dynamique et nécessite un processus de recueillement, traitement et de transmission des données.
- Il se documente.
- Il fait de la curation.
Ainsi que le caractérise mon collègue Éric Delcroix « on pourrait définir le curateur comme un médiateur numérique qui restitue (crée) des contenus, éventuellement enrichis, pour une diffusion dans le dessein de formation ou d’informations… ». - Il partage.
- Mais pas que ça…il joue, compose et écoute de la musique, regarde des vidéos, dessine, s’organise, filme, photographie, s’instruit, navigue, etc.
Cette liste n’est pas exhaustive, mais constitue une approche simple de nos activités, et la tablette remplit son rôle sans le moindre souci :)
4 Applications
Toutes les applications nécessaires sont disposées sur mon écran d’accueil :
La suite bureautique iWork (Pages, Keynote, Numbers) est très bien adaptée à la prise de note, la présentation, la consultation et se synchronise à l’ordinateur. Numbers permet d’évaluer les étudiants lors des exposés, contrôles continus ou partiels. Je produis ainsi un document parfaitement lisible et transmissible au secrétariat (voir illustration 2). Ce document présente les notes individuelles de chaque étudiant, la moyenne générale, un graphique de ces résultats, et bien sûr la partie identification et les remarques générales.
Bien que fort peu enclin à utiliser les présentations du type PowerPoint, elles n’en demeurent pas moins pertinentes par moment pour accompagner le cours d’une manière claire et concise (voir illustration 3). Keynote intègre également un pointeur laser tactile.
MindNode permet de dresser des cartes heuristiques, c’est-à-dire de représenter des liens sémantiques et hiérarchisés entre différents concepts (voir illustration 4). L’application se synchronise avec l’app du Mac :)
J’utilise ensuite une panoplie d’outils, certains édités par Larousse et Bordas : Larousse Dictionnaire, Larousse Anglais, Bordas Conjugaison et Bordas Synonymes. Ces applications sont très bien adaptées au dispositif, élégantes, pensées pour le tactile et fonctionnelles. La dictature du PowerPoint étant en train de s’affaiblir au profit de présentations plus actives, je me devais d’avoir Prezi Viewer. Prezi permet de réaliser des présentations animées, dynamiques très complètes. Le travail collaboratif m’amène à utiliser SyncSpace : partager un tableau blanc en temps réel avec plusieurs utilisateurs.
Pour se tenir à jour de l’actualité, il existe une myriade d’applications, mon objectif n’étant pas de toutes les présenter, je n’en citerai que quelques unes : Le Monde, Courrier International et France 24. Notons l’application MobileRSS qui est particulièrement réussie. C’est un agrégateur de flux RSS évolué, ergonomique et performant. Il permet d’avoir un rapide accès à nos flux, à l’article complet et de visualiser rapidement les articles lus/non-lus (voir illustration 5). Cette application se révèle être un compagnon essentiel pour votre veille informationnelle.
Réseaux sociaux obligent, les applications Facebook et Twitter sont incontournables dans l’encadrement et la gestion des groupes de travail. Les groupes Facebook propres aux cours attirent plus d’étudiants que la plateforme Moodlede l’université. Twitter est très utilisé par les étudiants et permet de maintenir un contact professionnel cohérent. Tweeter des infos pertinentes dans notre domaine de recherche et de formation permet aux étudiants de rester informés. L’application VeloDispo est utile pour connaître la disponibilité des V’Lille pour se rendre à l’université et en repartir :)
Sur le dock, nous retrouverons les applications majeures : MobileRSS, GoodReader, et les apps natives Calendrier, Mail et Safari. Ces dernières sont primordiales. GoodReader est le couteau suisse vital ! Tous les cours et supports de cours y sont intégrés et connectés à mon compte Dropbox. Au domicile ou au bureau, je rédige mes cours (en utilisant LaTeX, notamment la suite MacTeX) que je dépose sur mon compte Dropbox, lui-même synchronisé avec tous mes appareils (voir illustration 6).
5 Conclusions
La bureautique constitue une des applications majeure des ordinateurs, mais ceux-ci ne furent pas conçus pour l’enseignement et édifient même un écran-mur entre l’étudiant et l’enseignant. Il n’est pas agréable, tant pour l’un que pour l’autre, d’interagir au-dessus des écrans. Pour s’en convaincre, il suffit d’enseigner dans une salle informatique :)
L’ergonomie de notre tablette tactile est irréprochable, l’autonomie parfaite et le système stable. Les applications ne manquent pas (> 500 000). L’absence de virus et logiciel malveillant renforce la sécurité de vos documents. L’ordinateur reste au bureau et demeure un excellent outil de travail de bureautique intense (rédaction de thèse, chapitres d’ouvrage, articles, etc.). À travers cet article, je pense avoir illustré en quoi l’iPad est une interface tactile nomade pertinente dans un cadre d’enseignement universitaire.
Bonus : Article à emporter
Si cet article vous a plu, vous pouvez le retrouver ci-dessous en téléchargement et en version PDF et ePub :
Un très grand merci à Jean Debaecker pour ce retour d’expérience particulièrement concret et détaillé. N’hésitez pas à réagir ci-dessous et à lui poser directement vos questions. Je pense qu’il se fera un plaisir d’y répondre !









